Par Jean Bonnevey de Metamag

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Encore un méfait! Un de plus, de l’art contemporain, pourrait-on ironiser. Mais en fait, c’est sérieux. En Tunisie, les salafistes se servent de tout pour déborder leurs rivaux islamistes au pouvoir. Ils mobilisent la rue. Ils se heurtent, cependant, à une opposition de jeunes, toujours militants pour plus de libertés dans tous les domaines. Ces « révolutionnaires démocratiques », très minoritaires comme les élections l’ont prouvé, se servent tout de même du mythe du « printemps arabe » pour résister à l’islamisation de la société tunisienne. Mais ils le font avec de plus en plus de difficultés. Il y a eut de graves débordements ces derniers jours.
Tout semble avoir commencé avec une manifestation artistique annuelle, le « Printemps des Arts« , qui s’est achevée le dimanche 10 juin à La Marsa, en banlieue nord de Tunis. Au dernier jour de l’exposition, un « huissier de justice » et un « avocat », dont les mandataires sont inconnus à ce jour, sont venus réclamer le décrochage d’œuvres jugées offensantes pour l’islam. En cause notamment: un tableau de l’artiste Mohamed Ben Slama, représentant une femme quasi nue avec, en arrière plan, des hommes barbus, et une toile façon bande dessinée représentant un salafiste furieux. Des petites provocations inutiles, au nom d’une liberté de plus en plus virtuelle dans ce pays.

Un salafiste furieux…
Les « artistes » battent alors le rappel des troupes sur les réseaux sociaux. Personnalités politiques et intellectuels viennent « défendre la liberté de création » au palais Abdellia de La Marsa, où sont exposées les œuvres. Dans la soirée de dimanche, des groupes d’assaillants, identifiés comme salafistes, s’introduisent dans le palais et détruisent des œuvres.

Une oeuvre lacérée
Lundi soir et mardi, des violences éclatent, simultanément, dans plusieurs points de Tunis et sa banlieue, ainsi que dans des villes du Nord-ouest et du Sud de la Tunisie. Des postes de police, des locaux syndicaux et de partis politiques d’opposition, un tribunal, sont attaqués ou incendiés. Le ministère de l’Intérieur et plusieurs témoins mettent en cause « des groupes de salafistes et de casseurs mêlés ». Parmi les 160 personnes arrêtées figurent de nombreux délinquants ayant des antécédents judiciaires, selon l’Intérieur.

Le mélange de vrais et faux salafistes alimente, bien sûr, toutes les rumeurs. Certains casseurs, issus de la pègre, seraient manipulés, sinon payés par des tenants de « l’ancien régime ». Accusations bien sûr invérifiables. Mais le contexte est très mauvais avec, également, des décisions judicaires très contestées.

L’ex-président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, a été condamné mercredi 13 juin, par contumace, à la perpétuité par un tribunal militaire, pour son rôle dans la sanglante répression à Thala et Kasserine, deux villes du centre du pays, emblématiques de la révolution tunisienne, La peine capitale avait été requise contre le président déchu, réfugié en Arabie Saoudite et poursuivi avec 22 anciens responsables de son régime pour la mort de 22 personnes, tuées entre le 8 et le 12 janvier 2011, au plus fort de la répression du soulèvement populaire qui a fait tomber Ben Ali.
Dans une autre affaire, le tribunal militaire de Tunis a, mercredi à l’aube, condamné le même, par contumace, à 20 ans de prison pour « incitation au désordre, meurtres et pillages sur le territoire tunisien« . Ce dossier concernait la mort de quatre jeunes tués par balles à Ouardanine (Est) à la mi-janvier, lors du chaos qui a suivi la fuite du président tunisien en Arabie Saoudite. Son ancien ministre de l’Intérieur, Rafik Belhaj Kacem, a été condamné à douze ans de prison et deux anciens piliers des forces de l’ordre, Moncef Krifa, ancien directeur général du ministère de l’Intérieur, et Moncef Laajimi, ex-patron des brigades anti-émeutes, ont bénéficié de non-lieu. Mais les avocats des victimes estiment que la justice militaire n’avait pas les coudées franches face à Moncef Laajimi qui, toujours selon eux, bénéficie encore du soutien de milliers de policiers en Tunisie.
Les salafistes sont ils infiltrés et manipulés par les tenants de l’ancien  régime qui mobilisent grâce à la police des délinquants pour les mêler aux barbus. La rumeur court dans une Tunisie ou le pouvoir manifeste une grande faiblesse, ce qui est le plus inquiétant et ou le pays entre procès et fantasmes est au bord de la crise de nerf, bien loin de la démocratie utopique rêvée par certains.
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